Chaque année, à l’approche du dernier vendredi de novembre, la même frénésie s’empare du commerce mondial. Les prix s’effondrent, en apparence du moins, les paniers s’emplissent, et les chiffres de vente s’envolent. Le secteur du jouet est l’un des grands bénéficiaires de cette période : pour de nombreux parents, le Black Friday représente l’occasion rêvée d’anticiper les achats de Noël à moindre coût. Mais derrière les bannières colorées et les chronomètres décomptant les offres flash se cachent des réalités que l’on évoque peu : fausses promotions, jouets de mauvaise qualité écoulés à la faveur de la fébrilité du moment, impact environnemental désastreux et modèle économique défavorable aux petits fabricants responsables. Chez Chou du Volant, nous avons choisi de ne pas participer au Black Friday. Non pas par posture, mais par conviction. Dans cet article, nous vous expliquons pourquoi. Et nous vous donnons toutes les clés pour comprendre les véritables enjeux de cette journée, notamment dans le secteur du jouet.
Cette expression de vendredi noir a été utilisée pour la première fois dans les années 60 aux États-Unis. Elle désignait les files d’attente devant les boutiques d’électroménager, etc. Les consommateurs allaient au plus froid de l’hiver faire leurs courses de Noël. Le Black Friday se déroule le lendemain du jeudi de Thanksgiving. C’est l’occasion pour les commerçants de faire des baisses importantes, des remises exceptionnelles avec des petits prix. Et aussi de proposer de meilleures offres, des bonnes affaires exclusives, du déstockage et des ventes privées. Cela peut aller de 30 % à 70 %, voire plus. Cela concerne aussi bien les petites que les grandes marques commerciales.
Aux États-Unis, ce vendredi dédié à la promotion et aux rabais a lieu uniquement dans les boutiques physiques. C’est seulement le lundi suivant, appelé le Cyber Monday, que les produits sont soldés sur Internet. En France, cela fonctionne d’une manière différente. Le Black Friday a lieu principalement le vendredi et durant le week-end qui le suit. Le Cyber Monday existe aussi. Il a cependant moins d’importance car les soldes se déroulent déjà sur le net du vendredi au lundi. Comme pour les soldes classiques, le Black Friday a pour vocation de faire la promotion d’articles soldés non vendus. Qu’il s’agisse de jouets ou d’autres produits, les avantages en ligne contribuent à rendre ces événements très populaires auprès des consommateurs.
En France, le Black Friday est un phénomène relativement récent. C’est le géant Amazon qui l’a popularisé sur le territoire français à partir de 2013, avant que les grandes enseignes (Fnac, Darty, Cdiscount, La Redoute) ne s’y engagent massivement. En quelques années seulement, cet événement est devenu l’un des temps forts du calendrier commercial français, concentrant plusieurs milliards d’euros de transactions sur une seule fin de semaine.
Le secteur du jouet occupe une place particulièrement importante dans cette dynamique. En France, près de 40 % des ventes annuelles de jouets se concentrent sur les deux derniers mois de l’année. Le Black Friday, qui marque le coup d’envoi des achats de Noël, est donc devenu un rendez-vous stratégique pour les grandes enseignes de la distribution et les importateurs de jouets. Les promotions affichées sur les jouets durant cette période peuvent sembler spectaculaires, et c’est précisément là que réside le premier piège.

299 euros

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Le Black Friday est souvent présenté comme une chance pour les consommateurs. La réalité est souvent bien plus nuancée, surtout lorsqu’il s’agit d’acheter des jouets pour ses enfants. Voici les principales dérives de cet événement commercial, que tout parent averti devrait connaître avant de cliquer sur « Ajouter au panier ».
C’est le piège le plus classique et le mieux documenté du Black Friday. Des associations de consommateurs comme UFC-Que Choisir et 60 Millions de Consommateurs ont régulièrement mis en lumière le mécanisme suivant : quelques semaines avant le Black Friday, certains vendeurs augmentent artificiellement leurs prix de référence, pour afficher ensuite des réductions spectaculaires qui ne font que ramener le produit à son prix normal, voire à un prix légèrement supérieur. Dans le secteur du jouet, ce phénomène est particulièrement répandu sur les plateformes de marketplace et sur certains sites de pure-player. Un jouet habituellement vendu 39 € peut très bien être affiché à 59 € en octobre, puis proposé à 49 € le jour du Black Friday avec un bandeau « -20 % » en grande visibilité. Le consommateur croit faire une bonne affaire. Il paie en réalité 10 euros de plus que le prix habituel.
Le Black Friday favorise mécaniquement l’écoulement de stocks de jouets qui peinent à se vendre le reste de l’année. Ces produits sont parfois de qualité inférieure : matériaux moins nobles, finitions approximatives, durabilité limitée, voire non-conformité aux normes européennes de sécurité. La pression créée par les offres flash (plus que 3 articles disponibles !, offre valable encore 02:14:37) laisse peu de temps aux acheteurs pour examiner sérieusement les fiches produit, vérifier les certifications, comparer les avis clients ou s’interroger sur l’origine et la composition du jouet.
Or, pour les jouets destinés aux jeunes enfants, ces vérifications sont essentielles. Un hochet ou un porteur pour bébé dont les peintures contiennent des métaux lourds, dont les petites pièces présentent un risque d’ingestion ou dont le bois n’est pas certifié peut représenter un vrai danger pour un nourrisson ou un tout-petit. La fièvre du Black Friday n’est pas une bonne conseillère en matière de sécurité des jouets pour enfants.
La logique du Black Friday repose sur la capacité à absorber des baisses de prix massives sans mettre en danger la rentabilité de l’entreprise. Cette capacité est directement liée aux marges pratiquées. Et donc, en grande partie, aux coûts de production. Les grandes enseignes et les importateurs de jouets fabriqués en Asie bénéficient de coûts de revient très faibles, qui leur permettent d’afficher des réductions de 30 %, 40 %, voire 50 % tout en restant bénéficiaires. Les petits fabricants français ou européens, dont les coûts de production sont structurellement plus élevés en raison des normes sociales et environnementales en vigueur, ne peuvent tout simplement pas rivaliser sur ce terrain. En participant au Black Friday, ils vendraient à perte. En ne participant pas, ils sont invisibles dans un environnement saturé de messages promotionnels. C’est un double piège qui fragilise les acteurs les plus vertueux du marché du jouet et récompense ceux qui ont optimisé leur modèle sur le critère unique du coût de production.
Le Black Friday génère chaque année une explosion des volumes de transport de marchandises. Les entrepôts logistiques tournent à plein régime, les camions de livraison se multiplient, et les retours de commandes, souvent très nombreux après les achats impulsifs, viennent s’ajouter à cette empreinte carbone déjà considérable. Le Black Friday en Europe génèrerait l’émission de plusieurs centaines de milliers de tonnes de CO₂ supplémentaires. À l’échelle mondiale, le bilan est vertigineux.
Dans le secteur du jouet, cette problématique est encore amplifiée par le fait que la majorité des jouets soldés pendant le Black Friday sont fabriqués en Asie et ont déjà parcouru des milliers de kilomètres avant d’atterrir dans les entrepôts des distributeurs. La chaîne logistique d’un jouet importé, de l’usine chinoise au domicile du consommateur français, représente une empreinte carbone que personne n’affiche sur les fiches produit lors des offres flash du Black Friday.
Nous ne pratiquons pas ces fortes réductions d’hiver pour nos porteurs bébé, nos draisiennes et nos bascules en bois. Nous vendrions tout simplement à perte. Nos prix de vente sont justes. Ils nous offrent des marges réduites, loin de celles de la grande distribution. Elles s’expliquent par le fait que nous fabriquons exclusivement sur notre territoire français. Nos coûts et nos charges sont donc élevés comparativement à ceux qui produisent dans les pays à bas coût. Les baisses importantes, de 30 % à plus de 70 %, des prix cassés imbattables, que l’on observe durant le Black Friday ne sont donc pas possibles pour nous.
Ces ventes flash promotionnelles sont en fait particulièrement bien adaptées pour ceux qui fabriquent à l’autre bout de la planète. Pour rappel, la fabrication des jouets dans le monde est faite principalement en Asie. Les consommateurs doivent aussi savoir que le salaire d’un ouvrier chinois est quinze fois moins élevé que celui d’un français !
Le Black Friday met souvent en avant les grandes chaînes de distribution, les grandes marques, au détriment des petits commerces locaux qui ne peuvent pas rivaliser avec les prix réduits, les promos et autres bons plans de ces grandes enseignes. C’est susceptible de provoquer des fermetures de magasins indépendants et une perte de diversité de produits dans le paysage commercial.
Nous ne faisons pas de fortes réductions durant cette période de shopping de Black Friday car elles seraient préjudiciables à notre marque, à notre image de vendeur. Elles sèmeraient le doute dans l’esprit de nombreuses personnes. En effet, elles achètent toute l’année des produits à plein tarif. Et là, elles pourraient les acheter beaucoup moins chers.
Nous ne participons pas non plus au Black Friday car cela ne serait pas respectueux de notre travail, ni de celui de nos différents partenaires. Sous peine de le dévaloriser. Nous avons fait le choix d’un jouet fabrication française. Nos jouets sont sains, sûrs, conformes à la réglementation, de qualité et éthiques pour les consommateurs. Les intérêts du made in France ne sont évidemment plus à démontrer. En contrepartie, les garanties qu’ils apportent ont forcément un impact sur leur coût.
Nous sommes résolument contre cette journée du Black Friday. Cela s’inscrit dans une tendance consistant à toujours créer le besoin chez le consommateur. L’objectif du vendeur est de faire en sorte qu’il vienne acheter régulièrement. Nous pensons qu’il faut arrêter ces pratiques. Il faut au contraire se placer dans une forme de consommation plus raisonnée.
La période Covid que nous vivons actuellement est aussi là pour nous le rappeler ! Nos jouets design ont une forme intemporelle. Ils sont faits pour durer dans le temps et pour se transmettre entre les générations. Nous n’avons donc aucun intérêt à les solder. Nous sommes solidaires du mouvement des marques du Green Day (Cf. ci dessous).
Cette journée de soldes d’hiver incite les personnes à acheter de manière compulsive, souvent des produits dont ils n’ont pas vraiment besoin. Cela contribue à une culture de la surconsommation qui a un fort impact négatif sur l’environnement et sur les ressources naturelles (consommation excessive d’énergie, émission de gaz à effet de serre et production de déchets).
Cette période de soldes et de promotions encourage souvent l’achat de produits soldés bon marché et de moindre qualité. Cela favorise inévitablement la culture du jetable, où les objets sont rapidement remplacés plutôt que d’être réparés ou utilisés sur le long terme. Le Black Friday renforce l’idée que la croissance économique repose sur une consommation sans fin, ce qui ne favorise pas un modèle économique durable et équilibré.
En 2018, les French-Days, une opération e-commerce comparable au Black Friday, qui se déroule au printemps, ont aussi été créés par des boutiques et entreprises françaises. C’est de nouveau la possibilité de fortes remises et soldes sur internet sur les produits de consommation (pour écouler vêtements, électroménager, jeux, jouets) pendant quelques jours au mois de mai. En conseils, préférez vos magasins de proximité ! Consommer de manière responsable. Et fuyez aussi cette manifestation commerciale. Nous n’y participerons pas davantage.

169 euros

199 euros
Né en réaction directe au Black Friday, le Green Friday est un mouvement initié en France et soutenu par de nombreuses marques engagées. Son principe est simple : plutôt qu’inciter à acheter en masse des produits bradés, le Green Friday encourage les consommateurs à acheter moins, mais mieux. Mieux, c’est-à-dire des produits durables, fabriqués de manière responsable, dans le respect des travailleurs et de l’environnement. Pour les jouets, cela se traduit concrètement par le fait de préférer un jouet en bois certifié, fabriqué en France ou en Europe, à un lot de jouets en plastique importés dont la durée de vie sera de quelques semaines.
Chez Chou du Volant, nous nous reconnaissons pleinement dans les valeurs portées par le Green Friday. Non pas parce que c’est une opportunité de communication, mais parce que c’est précisément le modèle que nous avons choisi depuis le premier jour : moins de références, mais des jouets mieux conçus, plus durables, plus sûrs et plus respectueux de l’environnement.
Encore plus radical que le Green Friday, le Buy Nothing Day (Jour sans achat) invite les consommateurs à ne rien acheter du tout le jour du Black Friday. Ce mouvement d’origine nord-américaine, lancé dans les années 1990 par l’artiste activiste Ted Dave, entend démontrer que le pouvoir d’achat est aussi un pouvoir de refus. Refuser de participer à une journée de surconsommation orchestrée par des intérêts commerciaux, c’est aussi une forme d’acte citoyen. Dans le secteur du jouet, ce geste de refus revêt une signification particulière : plutôt que d’acheter des jouets en masse sous la pression des promotions, les parents sont invités à réfléchir à ce dont leurs enfants ont vraiment besoin, à la qualité et à la durabilité des jouets qu’ils leur offrent.
Au-delà des journées alternatives au Black Friday, il existe des pratiques quotidiennes qui permettent aux parents de consommer de manière plus responsable tout au long de l’année. Réparer un jouet abîmé plutôt que de le remplacer, une roue cassée sur un porteur bébé, une pièce détachée sur une bascule, est déjà un geste significatif. C’est d’ailleurs pour cela que Chou du Volant propose des pièces détachées pour l’ensemble de sa gamme de jouets. Acheter des jouets d’occasion dans des ressourceries, des vide-greniers ou des plateformes spécialisées est une autre manière intelligente de conjuguer économie et responsabilité environnementale. Et offrir des jouets en bois intemporels, qui se transmettent entre frères et sœurs ou entre générations, plutôt que des jouets à la mode dont la durée de vie se compte en semaines, constitue peut-être la meilleure réponse que les parents peuvent apporter à la logique du Black Friday.
Nous n’appelons pas les parents à ne jamais profiter d’une bonne affaire. Mais nous les invitons à exercer leur esprit critique face aux offres du Black Friday, surtout lorsqu’il s’agit de jouets pour leurs enfants. Voici quelques réflexes simples à adopter.
Vérifiez le prix habituel avant l’achat. Des outils gratuits comme Idealo, Google Shopping ou Keepa permettent de consulter l’historique des prix d’un produit sur plusieurs mois. Ils révèlent souvent que les « réductions exceptionnelles » du Black Friday correspondent en réalité au prix normal du jouet, voire à un prix légèrement supérieur.
Contrôlez les certifications de sécurité. Un jouet destiné à un bébé ou à un jeune enfant doit obligatoirement afficher le marquage CE sur son emballage. Vérifiez également la présence de certifications complémentaires : label PEFC ou FSC pour les jouets en bois, label Oeko-Tex pour les textiles et peluches, certification REACH pour l’absence de substances chimiques dangereuses. Ces informations doivent figurer clairement sur la fiche produit.
Méfiez-vous des stocks limités et des chronomètres. Ces techniques de marketing, appelées « urgency tactics » dans le jargon du e-commerce, sont conçues pour court-circuiter votre réflexion et vous pousser à acheter rapidement, sans prendre le temps de vérifier la qualité du produit. Prenez toujours le temps de lire les avis clients, de consulter d’autres sources d’information et de comparer.
Préférez les marques transparentes sur leur fabrication. Une marque de jouets qui indique clairement l’origine de ses matériaux, le lieu de fabrication, les certifications obtenues et les conditions de production est une marque en laquelle vous pouvez avoir davantage confiance, même lorsque ses prix semblent plus élevés qu’ailleurs. La transparence a une valeur, et elle est souvent le signe d’un sérieux que les marques opaques ne peuvent pas afficher.
Le Black Friday est-il vraiment intéressant pour acheter des jouets moins chers ? Pas toujours. Les promotions les plus spectaculaires concernent généralement des jouets d’entrée de gamme, fabriqués à bas coût, dont les prix peuvent effectivement être divisés par deux ou trois. Mais pour des jouets qualitatifs, en bois certifié, fabriqués en Europe, répondant à des normes de sécurité strictes, le Black Friday n’apporte en général pas de réduction significative. Ces produits, fabriqués avec des coûts de production élevés, ne peuvent pas être bradés sans mettre en danger la viabilité économique de leurs fabricants.
Les jouets vendus en promotion pendant le Black Friday sont-ils sûrs pour les enfants ? Pas nécessairement. La pression commerciale du Black Friday favorise l’écoulement de stocks qui peuvent inclure des jouets ne respectant pas toutes les normes européennes de sécurité. La vigilance s’impose particulièrement pour les jouets achetés sur des marketplaces en ligne, où des vendeurs tiers proposent parfois des produits dont la traçabilité est difficile à vérifier. Le marquage CE est un minimum légal, mais il peut être apposé frauduleusement sur certains produits importés.
Pourquoi les jouets made in France sont rarement en promotion pendant le Black Friday ? Parce que les fabricants français ne peuvent pas se le permettre économiquement. Produire en France implique des coûts de main-d’œuvre, de matières premières et de certification bien plus élevés que dans les pays d’Asie. Les marges des fabricants français sont donc structurellement plus faibles, ne laissant aucune marge de manœuvre pour des baisses de prix de 30 % ou plus sans vendre à perte. C’est d’ailleurs l’un des indicateurs les plus fiables de la fabrication réellement française d’un jouet : si une marque qui se dit « Made in France » pratique des remises massives pendant le Black Friday, il y a lieu de s’interroger sérieusement sur la réalité de sa fabrication nationale.
Qu’est-ce que le Green Friday et comment le pratiquer pour l’achat de jouets ? Le Green Friday est un mouvement qui invite les consommateurs à choisir, le jour du Black Friday, des produits responsables plutôt que des produits bradés. Pour les jouets, cela signifie concrètement : choisir un jouet en bois durable plutôt qu’un jouet en plastique bon marché, acheter un jouet d’occasion dans une ressourcerie plutôt qu’un jouet neuf de moindre qualité, ou tout simplement ne rien acheter et attendre d’avoir identifié le jouet vraiment adapté aux besoins de son enfant plutôt que de succomber à une offre flash.
Le Black Friday a-t-il un impact sur les petits fabricants de jouets français ? Oui, et cet impact est négatif. Durant la période du Black Friday, les petits fabricants français sont noyés sous le flot de promotions des grandes marques et des importateurs. Les consommateurs, attirés par des remises spectaculaires, reportent souvent leurs achats vers les produits les moins chers, au détriment des fabricants dont la valeur ajoutée, qualité, sécurité, fabrication locale, respect de l’environnement, ne se voit pas au premier regard et se quantifie difficilement dans un contexte de course au prix le plus bas.
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