Jouets Sexistes : Quels dangers pour les enfants ?

 
jouet sexiste

  

Aujourd'hui plus que jamais, les jouets sexistes et stéréotypés ont envahi nos magasins. Les faits sont là. Il existe une nette séparation des univers de jeu des filles et des garçons. Elle n’est absolument pas représentative de la réalité de notre société, de notre système éducatif. Mais qu’est-ce qu’un jouet sexiste ? Quels sont leurs effets sur les enfants ? Sur leur identité sexuée ? Sur des hommes et des femmes de demain ? On vous en parle.

 

Jouets sexistes

Avant de parler des jouets des enfants, il faut noter que les attentes de notre société vis-à-vis des femmes et des hommes sont différentes. Cette absence d'égalité entre les sexes pourrait paraître dépassée. Mais non ! Si l’on y réfléchit de plus près, on retrouve de manière grossière : Pour les filles, il faut qu’elles tendent vers la gentillesse, la douceur, l’organisation, l’attention aux détails, le goût de l’esthétique et l’esprit de bienveillance. Pour les garçons, notre société « souhaite » qu’ils soient forts physiquement, moins sensibles, avec un caractère plus dur et plus fort. Ces différences entre les sexes sont malheureusement de plus en plus grandes.

  

Les jouets genrés vont s’appuyer sur ces attentes sociétales et amplifier les différences entre les sexes. Cela va aboutir à une segmentation en fonction du sexe des enfants et à la mise en place de stéréotypes. Cela peut s'observer au niveau des jouets, des catalogues, des publicités (les pages roses et bleues) et des rayons des magasins. La grande majorité des jeunes filles héritera de jouets de couleur rose (violet). Pour retrouver cette douceur que l’on attend d’elles. On leur attribuera des jeux représentatifs de tâches prétendues spécifiquement féminines. Par exemple, des jouets de la sphère domestique, des personnages féminins type cuisinière, ménagère. Mais aussi des poupées pour jouer à la maman ou à la styliste, des perles, du maquillage, des habits de princesse. Pour les jeunes garçons, on retrouvera voitures de course, outils de bricolage, armes fictives et personnages masculins de super héros. Ces jeux les poussent vers l’action et la réussite. Tout cela va contribuer à créer des univers ou l'absence d'égalité entre les filles et les garçons est plus grande que celle qu'ils vivent dans la réalité (avec plus tard des rapports sociaux de sexe inégalitaires).

 

Cette séparation des filles et des garçons n’a pas toujours été présente. En effet, dans les catalogues de jouets des années 30, les garçons et les filles se distrayaient de la même façon. L'éducation à l'égalité des sexes était bien présente. Les enfants étaient dans des mises en situation comparables et rien ne distinguait leurs jouets. Dans les années 70 - 80, les jeux étaient aussi moins stéréotypés que ceux que l’on peut acheter actuellement. Certaines publicités représentaient par exemple un jeune garçon s’amusant à la dinette, avec des poupons. Ou bien une fillette jouant avec un jeu de construction. Aujourd'hui, le monde des jouets n'est plus mixte. Le consommateur est confronté à un choix pour les filles et pour les garçons. La situation s'est tellement dégradée ces dernières années que le Sénat Français a décidé de se pencher sur la question. Il a publié un rapport listant dix recommandations faisant la promotion de l'égalité entre les femmes et les hommes.

  
Cette absence d'égalité entre les filles et les garçons au niveau du jouet s'est réellement accentuée au début des années 90. Les nouvelles méthodes marketing des fabricants ont segmenté les produits en catégories définies en fonction de l'âge et du sexe. Cette segmentation a eu pour principal intérêt de multiplier leurs ventes et leurs chiffre d’affaires par deux ! La grande majorité des jouets genrés se transmet en effet moins bien au sein de la fratrie. Les parents ont beaucoup de difficultés à transmettre ceux achetés pour leur garçon à leur fille, et vice-versa. Ils sont donc contraints d'en acheter des nouveaux.

  

Quels effets ? 

A l'école maternelle (jusqu'à l’âge de trois ans), l'enfant n’a pas conscience de la différence qu’implique être une petite fille ou un petit garçon (l'identité sexuée). Les jouets sexistes vont donc les influencer grandement dans leur appartenance au genre. Cela va avoir un impact négatif sur leur développement, sur leur identité sexuelle. La segmentation des jouets a pour effet :

  
De réduire les chances de vivre ensemble pour les hommes et femmes de demain. Les jouets genrés contribuent à créer des univers de jeux distincts entre les filles et les garçons. Des espaces qui ne se rencontrent pas. Les filles sont davantage cantonnées vers l'intérieur et les activités domestiques. Les garçons sont amenés vers l'extérieur, l’action, la performance.

 

De rendre différentes les compétences acquises par les filles et les garçons. A travers les jouets, ils n'apprennent pas la même chose. Les jouets garçons permettent par exemple de faire appel à l'esprit d'équipe, au courage, à la compétition, à la créativité. Les jouets filles font plus appel à des notions de conformisme, de douceur, de gentillesse, de bienveillance. Cette absence d'égalité entre les sexes est aujourd'hui bien marquée.

 

De limiter socialement les champs professionnels féminins. Les jouets pour filles sont moins variés et moins prestigieux que ceux des garçons. Ils se situent dans la sphère des activités maternelles, domestiques et esthétiques. Par exemple, poupon, maison de poupées, dinette, personnages féminins type marchande, caissière, hôtesse de l'air, infirmière, secrétaire, coiffeuse, esthéticienne. Les jouets pour garçons valorisent quant à eux de nombreux métiers en raison de leur technicité ou du risque qu'ils impliquent. Par exemple, personnages masculins type aventurier, pompier, policier, docteur, technicien, scientifique. Ces univers de jeu ne sont absolument pas représentatifs de la réalité. A titre d’illustration, il est intéressant de prendre le métier de docteur. Dans les catalogues, ce sont les garçons qui sont très majoritairement représentés. Dans les facultés de médecine, les élèves sont majoritairement des jeunes femmes. Cette segmentation serait susceptible de renforcer les inégalités professionnelles entre hommes et femmes. Des rapports sociaux de sexe inégalitaires caractérisent déjà beaucoup trop le marché du travail. 

 

De créer l'illusion d'une complémentarité des rôles sociaux et des compétences des femmes et des hommes. Cette complémentarité va de pair avec l’idée de hiérarchie. Cela serait susceptible de créer bien plus tard, aussi bien au niveau personnel que professionnel, cette absence d'égalité entre les femmes et les hommes.

 
 
L'impact des jouets sexistes sur le développement chez les garçons et les filles est important. Cela contribue énormément à leur socialisation. C'est le processus au cours duquel ils apprennent dès l'école maternelle à vivre en société. Mais aussi à intérioriser les normes, les valeurs et construire leur identité psychologique et sociale. Les stéréotypes liés aux jouets posent la question de leurs conséquences sur les relations des hommes et des femmes, bien des années plus tard. Mais aussi de quel modèle de société nous voulons transmettre à nos enfants. La lutte contre la non égalité des sexes dans le secteur du jouet devrait faire l’objet d’une attention plus grande de la part des décideurs. La responsabilité des fabricants et des distributeurs est importante. Celle des consommateurs, en n'achetant pas de jouets sexistes, l'est aussi. Celle des pouvoirs publics au travers de l'école, du système éducatif l'est bien évidemment aussi (éducation à l'égalité, promotion de l'égalité de l'identité sexuelle, etc).  

 


22/04/2020 à 9h11


Publié dans Marché du jouet

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